Depuis le 1er octobre 2026, un nouveau régime d'accessibilité s'applique aux travaux menés dans les bâtiments professionnels existants. Il concerne les entreprises qui étendent, transforment ou aménagent leurs locaux. Un déménagement y mène souvent, parce que le nouveau site demande des travaux d'aménagement. Voici ce que dit le texte, ce qu'il laisse en suspens, et ce que cela change pour un projet en préparation.

Ce qui est entré en vigueur le 1er octobre

Le décret n° 2026-531 du 23 juin 2026, publié au Journal officiel du 24 juin, fixe les règles d'accessibilité lors de travaux d'extension ou de modification des bâtiments à usage professionnel existants. Il s'agit des lieux de travail, distincts des établissements recevant du public.

Ces règles quittent le Code du travail pour rejoindre le Code de la construction et de l'habitation. À la même date, la section du Code du travail consacrée à l'accessibilité des lieux de travail est abrogée. Le décret fait suite à celui du 26 décembre 2025 sur les bâtiments neufs, applicable depuis le 1er avril 2026.

Il pose trois principes. Toute partie nouvellement construite doit respecter les règles applicables au neuf, avec un cheminement d'accès lui aussi accessible. Les travaux réalisés dans les surfaces existantes qui jouent un rôle en matière d'accessibilité ne peuvent pas dégrader les conditions actuelles. Enfin, lors de la modification d'un bâtiment, hors travaux d'entretien, les parties communes, les abords, les dispositifs de commande et les équipements concernés doivent respecter des caractéristiques techniques minimales, avec des adaptations mineures possibles pour tenir compte du bâti.

Ce que le décret vise : les travaux

Le décret s'applique aux travaux d'extension ou de modification, et aux créations de locaux professionnels par changement de destination. Un déménagement sans travaux n'entre pas dans son champ.

Un déménagement s'accompagne souvent de travaux : une extension, la transformation d'un local commercial ou d'un entrepôt en bureaux, une refonte des sanitaires ou des circulations. Ces opérations relèvent du texte. Pour un simple réaménagement de plateau, la frontière avec la notion de modification hors entretien reste à examiner au cas par cas. Le point mérite d'être tranché avec l'architecte ou le bureau de contrôle avant la signature du bail, pas après.

Les exigences portent sur les abords et les parties communes, notamment le stationnement et les circulations, sur les locaux de travail et leurs annexes comme les sanitaires, la restauration et les espaces de repos, ainsi que sur les postes de travail.

Ce que le texte ne précise pas encore

Les caractéristiques techniques minimales relèvent d'un arrêté, cosigné par plusieurs ministères. À la date de rédaction de cet article, le 11 octobre 2026, cet arrêté n'a pas été publié à notre connaissance. Début septembre, le Conseil national consultatif des personnes handicapées indiquait n'avoir reçu ni projet ni information à son sujet.

Le principe est donc en vigueur, la mesure technique ne l'est pas encore. Pour un dirigeant qui prépare un projet, cela signifie qu'il faut raisonner sur l'esprit du texte et prévoir une marge, sans attendre une norme chiffrée qui peut arriver en cours de projet.

La dérogation, une procédure à caler dans le calendrier

Le décret prévoit un régime de dérogation. Le maître d'ouvrage adresse sa demande au préfet de département, avant le début des travaux. Trois motifs sont admis : l'impossibilité technique, les contraintes liées à la préservation du patrimoine, la disproportion manifeste entre le coût des mesures et leur utilité. La demande détaille les règles écartées, justifie la nécessité de la dérogation et, lorsqu'il existe, s'accompagne de l'avis du comité social et économique.

Le préfet dispose de trois mois. Passé ce délai, son silence vaut accord. Ces trois mois s'ajoutent au calendrier du projet, et la demande se dépose avant le début des travaux.

Ce que cela change pour votre projet de déménagement

Trois réflexes s'imposent dès la phase de cahier des charges.

Premièrement, qualifier les travaux. Chaque site visité se juge aussi sur ce qu'il faudra y modifier, et sur ce que ces modifications déclenchent en matière d'accessibilité.

Deuxièmement, auditer avant de signer. Cheminements, ascenseurs, sanitaires, stationnement : l'état réel d'un bâtiment pèse sur le budget travaux, donc sur la négociation du bail. Qui prend en charge un défaut découvert après la signature dépend de ce que le bail a prévu : mieux vaut le savoir avant.

Troisièmement, intégrer le délai de dérogation au rétroplanning. Si une dérogation est envisageable, sa demande préalable et ses trois mois de délai entrent dans le calendrier, au même titre que l'obtention des autorisations et la commande des travaux.

L'accessibilité devient une ligne du cahier des charges, avec son budget et son calendrier. Les projets qui l'intègrent dès le départ évitent les arbitrages subis en fin de parcours.

Source : décret n° 2026-531 du 23 juin 2026, Légifrance.

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